« Ça sent le malade » Qu’elle a dit en m’apportant du riz.
Ce morceau de vieux formage m’a presque achevé. Une chance que je n’ai pas de prédateur naturel à part le temps. Dans la nature, cette mauvaise gestion de ma digestion aurait fait de moi une proie facile pour les gros carnivores. Faible, alité, gémissant et en plus il paraît que ça sent, comme du sang dans l’océan. Heureusement que mes portes étaient barrées, il ne m’est rien arrivé.
Il n’y avait que le temps qui me guettait, lorgnant par la fenêtre, à l’affut d’une brèche dans ma routine, d’une erreur plus grave de manipulation, d’une cellule qui ne se duplique pas correctement ou d’un battement irrégulier de mon coeur. Un jour il m’aura qu’il me dit.
« Un jour je t’aurai » Qu’il vient de me dire.
Il ne me lâche jamais.
Le temps nous fait subir la torture de la goutte, la plus discrète. Sans qu’on ne s’en rende trop compte, il nous saigne à petit feu et il nous enlève tout. Il ride nos visages et nous enlève nos cheveux.
Il pique nos cœurs de peines d’amour jusqu’à ce qu’il réussisse à nous faire croire que l’amour n’existe pas. Il brise rêve par rêve en augmentant petit a petit notre besoin de sécurité jusqu’à ce que l’on finisse par plier.
« ok c’est bon, je wrap mes reers, je m’achète un condo et je resterai au bureau »
Et hop 25 ans de gagné pour le temps. L’hypothèque est sa meilleure arme, il gagne le quart de votre vie d’un seul coup de crayon en espérant que nos obligations nous forceront à endurer des situations qui ne conviennent plus encore très longtemps.
La peur de perdre ce que l’on a acquis, la phobie de recommencer à zéro, l’anxiété de manquer d’argent.
Pour nous inciter à stagner, le temps nous fait croire qu’il est trop tard pour tout. Même très jeunes, nous sommes déjà trop vieux qu’il nous amène à penser.
« Jouer au hockey, hahaha, mais tu a 10 ans, tous les autres ont commencé à 6 ans, les autres petits garçons seront tous meilleurs que toi »
« Changer de domaine, hahaha, mais tu as 40 ans, ça fait 20 ans que des milliers de diplômés sortent des universités pour faire la même chose. Qui voudra former un vieux pour simplement le mettre a niveau d’un plus jeune. »
Ensuite, le temps utilise contre nous nos instinct les plus reptiliens qui nous poussent a toujours aller vers ce qui est le plus facile et vers ce qui demande le moins d’énergie. C’est donc pour cela qu’il passe plus facilement devant un écran que sur un vélo ou dans des souliers de course. Les manettes sont faites en plastique, matériel beaucoup plus léger que la fonte. Pour nous avoir à l’usure, il atrophie nos muscles et raccourci notre souffle.
Une fois la forme perdue, il nous engraisse et obstrue nos artères en reliant pratiquement toutes nos activités autour de la satisfaction de nos besoins primaires tel que manger et boire. Manger et boire sont devenus des loisirs et non plus une fonction de survie.
« Tu viens prendre un verre ?
- Non, je ne peux pas, ce soir j’ai un souper. »
Une fois gras, pas en forme et sans espoir, il ne lui reste qu’à venir nous cueillir.
Ce qu’il faut faire pour combattre le temps.
Ce que le temps n’aime pas, c’est quand on ne le voit pas passer, que l’on l’ignore. On met du retard dans ses plans lorsque l’on rit de bon cœur et que l’on pratique un sport ou une activité qui nous absorbe totalement. C’est encore plus efficace lorsqu’on a un métier qui le fait passer aussi bien qu’un passe temps.
« Le temps a passé vite » Mais quelle horreur aux oreilles du temps.
Le temps aime lorsqu’on est obligé, contraint ou que l’on reste avec nos mauvais choix bien longtemps car c’est lorsqu’il passe le plus lentement qu’il à accès à notre conscience de notre perte contre le temps.
Il faut que le temps cesse d’exister.
Ne pas voir le temps, c’est signe que l’on vit bien.
Plus le temps semble court, plus on vit long temps.